Pétrole: Le Cameroun se lance dans l’exploitation on shore

Si ces premiers résultats constituent un « succès » pour la Société Nationale d’Hydrocarbure, des experts craignent déjà les effets qui pourraient découler de ce type d’exploitation.

C’est la société chinoise Yan Chang Logone Development Holding Company Limited qui a découvert le potentiel pétrolifère dans le bassin du Logone Birni. Une série de réservoirs sableux imprégnés d’hydrocarbures liquides sur une hauteur de quelque 18 mètres dans le bassin sédimentaire du Logone Birni (Extrême-Nord) révélé en 2011. L’exploitation du pétrole à terme se fera sur terre. Une nouveauté pour le Cameroun, habitué à l’exploitation pétrolière offshore (en mer). D’autres puits de forage sont en cours d’exploration selon les informations recueillies à la SNH.  En attendant la mise en exploitation de ce gisement contigu aux nappes pétrolières nigérianes et tchadiennes, Dr Mbog Dieudonné Marius, responsable du Groupe d’Experts Scientifiques et Techniques de la  Convention de RAMSAR  au Cameroun, attire l’attention sur le fait que « l’activité d’exploitation pétrolière on shore (sur terre) est plus dangereuse et engendre plus d’impacts que celle qui se fait en mer (offshore) ». En cas de déversement insidieux en mer explique-t-il, les nappes peuvent être circonscrites. Par contre si le déversement se fait sur terre, le pétrole va s’enfouit dans le sol et entraîner de graves conséquences. L’expert parle du sol qui sera lessivé et deviendra infertile. Le déversement  détruira également les habitats et empêchera le développement normal des espèces. Dans le cas de l’exploitation on shore qui se fera dans la région de l’Extrême-Nord, Dr Mbog Marius prévient que l’activité va détruire l’écosystème de steppe. Le couvert forestier va être transformé du fait de l’abattage et de la disparition de certains arbres. Et cette disparition d’arbre va  entraîner l’érosion des terrains et l’avancée du désert. Une autre conséquence de l’exploitation on shore va être  « la destruction de la flore ». Un impact significatif pour de nombreuses personnes qui tirent des décoctions dans la flore du fait de sa richesse, de son importance dans la pharmacopée et dans la médecine traditionnelle.

Parce que l’exploitation on shore se fait sur un bassin versant, Le correspondant national de la convention de RAMSAR au Cameroun explique que l’activité va contribuer à la pollution des zones humides. Dans le cas du site du Logone Birni, l’expert prévient que « l’activité va polluer le  lac Tchad et tous les sous-affluents qui proviennent de la Benoué. Le phénomène de la ramification de la pollution des hydrocarbures va s’accélérer en saison de pluie et les populations seront  exposées aux maladies diarrhéiques ». Par ailleurs, l’eau utilisée pour l’extraction du pétrole en fin de cycle dit-il, est mélangée à des solvants. Au moment du rejet, elle va  polluer les sols, d’autres cours d’eau et les plantes  dont se nourrissent les animaux.

Le mode de vie des populations souffrira aussi de l’exploitation pétrolière on shore. L’activité affectera la qualité de l’air et perturbera les habitudes alimentaires. Dr Mbog Marius explique que les populations riveraines desdits projets respireront l’air pollué et seront de fait  exposées aux maladies cancérigènes ». Et  parce que la production du pétrole demande la manipulation de plusieurs produits chimiques, « les travailleurs qui aspirent les odeurs d’hydrocarbures au quotidien souffrent généralement de troubles de mémoire et d’insomnie et développent des formes de cancers rares » explique l’expert.

Sur le plan écologique, les impacts des activités de l’exploitation pétrolière on shore sont désastreuses. « Les déchets qui seront laissé par terre ou rejetés dans l’eau vont contaminer les sols et détruire les nappes phréatiques. Par ailleurs, les torchères des gaz utilisées dans le  processus de raffinage du pétrole émettent le  CO2, gaz à effet de serre dangereux pour la couche d’ozone et favorisant le changement climatique » dénonce l’expert.

A côté de ce triste constat, l’on se réjouit à la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) de la découverte de ce gisement et le Directeur Général, Adolphe Moudiki parle « de résultats encourageant au moment où l’Etat camerounais déploie tous les moyens pour relever la production nationale de pétrole ». En attendant d’être situé sur le caractère commercial du pétrole du Bassin de Logone Birni, le Directeur Général de la SNH escompte une hausse  de la production pétrolière en 2012 marquant la fin du déclin de la production nationale qui a duré quinze ans. Ainsi, la production nationale pourrait passer de 63.211 b/j au 31 décembre 2011, à 90 000 b/j environ à la fin de l’année 2012.

Certains Ong souhaitent que l’exploitation pétrolière on shore se fasse « de manière responsable dans la perspective de minimiser les nombreux impacts négatifs qui peuvent en découler et qu’elle respecte les droits économiques et sociaux des communautés riveraines ».

Mireille TCHIAKO

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