Femmes : les auteurs de violence risquent jusqu’à 20 ans de prison ferme

Cette sanction pénale ainsi que la peine de mort sont prévues dans la législation camerounaise.

couple

Yaoundé, capitale du Cameroun. Ici, 70% de la population se plaint chaque semaine de subir les violences de la part de leur conjoint. Ces statistiques de l’Ong, Centre Vie des femmes « témoignent de la volonté des hommes à dominer la gent féminine sous le prétexte qu’elle serait inférieure » rapporte Clarisse Otele Awoundi, assistante sociale. Celle qui reçoit les victimes pour la branche Association de lutte contre les violences faites aux femmes, confie qu’elles viennent de toutes les couches sociales. Le calvaire subi par ces femmes se résume en quatre points : « D’abord les violences physiques qui se caractérisent par des bastonnades avec usage de fouet, des coups de poings, des gifles ; ensuite il y a les violences sexuelles à travers viols, harcèlement, mutilation génitale, attouchement, prostitution forcée. Par ailleurs, les violences psychologiques subies s’expriment par des menaces de mort, d’abandon du domicile conjugal, les insultes en public ; enfin, il y a les violences économiques. Les victimes affirment que leurs conjoints confisquent leur salaire et les empêchent d’exercer une activité génératrice de revenus » nous confie  l’assistante sociale qui précise que les auteurs des violations des droits de ces femmes sont connus. Il s’agit notamment de leurs partenaires, leurs parents, leurs époux et même leurs voisins. Interrogé, les accusés ne manquent pas de raison pour justifier leur acte. « Il m’arrive de lever la main sur mon épouse lorsqu’elle me manque de respect en public. C’est par cette voie que je la rappelle à l’ordre » explique Emmanuel K., enseignant. Pour Paulin Mekongo, vendeur ambulant, « c’est une marque d’amour car chez nous les Eton. Si tu ne bastonnes pas ta femme de temps en temps cela signifie qu’elle ne te tiens pas à cœur » raconte-t-il le sourire aux lèvres. Des violences, qui ont des répercussions sur tous les aspects de la vie de la femme, mère de l’humanité : foyer, lieu de travail, santé et même dans ses relations humaines. Maman Marie, vendeuse de plantain au marché Mvog-Mbi, rapporte qu’au sortie d’une séance de bagarre avec son « père » (Epoux), elle ne peut effectuer son activité pendant au moins quatre jours tellement son corps lui fait mal.  Il lui est souvent arrivé de se rendre à l’hôpital pour effectuer les pansements dans certains cas de bastonnade nous confie-t-elle.

Les violences à l’encontre des femmes, faut-il le rappeler, ne sont pas une affaire privée. Il faut lever le tabou puisqu’il s’agit d’un délit et d’un crime punis par la loi.

Que dit la loi ?

Me TakamMe Dieudonné Takam, Avocat au Barreau du Cameroun explique ici les mesures prévues par la législation camerounaise en matière de protection des victimes de violence.

La loi Camerounaise protège-t-elle les femmes victimes de violence ?

La loi protège les femmes victimes de violence. Lorsqu’elle est enceinte, la protection couvre jusqu’à l’enfant qu’elle porte en son sein. Il faut aussi savoir que chaque fois qu’en personne est reconnu coupable de violence à l’égard d’une femme, celle-ci est en droit de réclamer les dommages et intérêts ; il s’agit d’une somme d’argent qu’alloue le tribunal en remboursement des dépenses hospitalières et pharmaceutiques, et en réparation de la douleur physique et de la souffrance morale subies.

Quelles sont les procédures à suivre pour se protéger des auteurs de la violence ?

Lorsqu’une femme est victime de violences, elle doit d’abord en parler avec son Avocat pour avoir les conseils nécessaires à la préservation de ses droits. En fonction du cas présenté, les services sociaux pourront être saisis, une plainte simple ou une plainte avec constitution de partie civile pourra être déposée ; l’auteur des violences pourra même être directement cité à l’audience pour être jugé et condamné. En outre, en cas de violences graves et renouvelées rendant intolérable le maintien du lien matrimonial, la femme est fondée à demander le divorce. Il faut également préciser que si la femme se sent menacée, et que les violences sont imminentes, elle peut faire engager préventivement l’auteur des menaces, afin de parer à toute éventualité.

Quelles sanctions encourent-ils ?

Les auteurs des actes de violence à l’encontre des femmes s’exposent à plusieurs sanctions, qui diffèrent en fonction de la gravité et de la nature de l’atteinte. Un emprisonnement de 10 à 20 ans si l’acte de violence aboutit à la privation permanente de l’usage de tout ou partie d’un membre, d’un organe ou d’un sens ; un emprisonnement de 6 à 20 ans si la violence a causé la mort alors qu’elle n’était pas le but recherché. Si elle en était le but, c’est la peine de mort. Une autre sanction prévue est l’emprisonnement de 5 à 10 ans en cas de viol. La peine est de 15 à 25 ans si le viol porte sur une mineure de 16 ans.

Mireille Tchiako

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