RCA : Elire une femme pour sortir le pays de la crise

C’est ce que soutient Gaétan Moloto-A-Kenguemba, Conseiller National, représentant de la  préfecture de la Lobaye au Parlement de transition de la Centrafrique qui a pris part au sommet de N’Djamena sur la RCA. L’Universitaire évoque également le climat qui prévaut dans son pays à la veille des élections du nouveau chef d’Etat de la transition nationale.

Gaétan Moloto-A-Kenguemba

Gaétan Moloto-A-Kenguemba

Vous avez pris part au Sommet de N’Djamena qui a conduit à la destitution de l’ex Président de la RCA, Michel Djotodia. Qu’est ce qui s’est dit lors de ce sommet ?

Quand les chefs d’Etat nous ont reçus ils voulaient avoir nos impressions sur la crise et ce que nous attendions par rapport au Président et donc, sur les 8 entités qui sont intervenues, 07 entités ont demandé le départ du Président Djotodia. La seule entité qui a demandé son maintien c’est la Séléka.

Y a-t-il eu des concessions qui ont été faites pour obtenir le départ du Président Djotodia de la RCA ? Si oui lesquelles ?

Je ne pourrais pas rentrer dans les détails parce qu’il y a eu des huis-clos entre chefs d’Etat auxquels on n’a pas participé. Je ne sais pas exactement ce qui s’y est passé mais ce qui est certain, le Président a accepté de partir. Et conformément à notre vœu d’élire un nouveau président, on nous a demandé de voter le nouveau chef  d’Etat de la transition là-bas à Ndjamena sans nous donner les consignes de vote. Mais  nous avons dit NON ;  pour des questions de souveraineté, on préfère venir le faire à Bangui parce que la loi fondamentale, la charte nationale de la transition nous donne 15 jours pour faire des larges consultations populaires et désigner parmi les centrafricains qui sont capables, le futur chef d’Etat de la transition. Et c’est ce que nous sommes en train de faire.

Quelle est la situation aujourd’hui en RCA?

Vous savez, une gestion comme celle que le Président Djotodia  a eu à implémenter en  Centrafrique en 9 mois est difficile à oublier. Cela prendra du temps. Vous avez des populations qui sont traumatisées. Sur les sites aux alentours de l’aéroport, il y a toujours plus de cent mille personnes déplacées qui disent que tant que la sécurité n’est pas totalement revenue elles ne quitteront pas le site. Vous avez les églises où beaucoup de gens aussi se sont abrités, vous avez les mosquées où les musulmans également sont retranchés. Vous avez aussi des quartiers qui sont maintenant divisés. A l’époque, vous trouviez des quartiers où vivaient ensemble musulmans et chrétiens mais aujourd’hui il y a des quartiers totalement musulmans où les chrétiens ne peuvent pas y aller et des quartiers chrétiens dans lesquels les musulmans n’ont pas accès. Vous avez  les Selekas  qui sont cantonnés mais qui gardent toujours leurs armes. Vous avez les anti-Balakas qui écument les flancs de collines et qui regardent aussi les Selekas en chien de faïence. Voilà  la situation aujourd’hui en RCA et elle peut exploser à tout moment. Et c’est pour cela justement que nous pensons qu’une femme avec un bon gouvernement peut mener des négociations pour  rassembler tout le monde et demander à tout le monde de baisser les armes. Au jour d’aujourd’hui nous ne pensons pas que c’est la méthode de la force qui peut résoudre ce problème c’est comme si vous tapez dans une ruche d’abeille et au lieu de contenir cette ruche vous envoyez les abeilles partout.

Le 18 janvier 2013, vous allez élire le nouveau chef d’Etat de la transition nationale, pourquoi pensez-vous qu’une femme soit le candidat idéal pour diriger la RCA ?

Effectivement samedi nous allons élire le chef d’Etat de la transition, il y a beaucoup de candidat en lice mais les tendances sont à choisir une femme surtout pour nous les conseillers nationaux. La tendance aujourd’hui c’est à choisir une femme parce que  nous voulons avoir le profil de quelqu’un qui soit rassembleur, conciliant mais en même temps qui a  de la fermeté et de la hauteur. Je pense que nous avons aujourd’hui une femme qui réunit au mieux ces qualités par rapport aux autres.

Béatrice Epaye

Béatrice Epaye

Qui est cette femme ?

Eh bien pour l’instant je vous dirais  que c’est Madame Béatrice Epaye, elle est conseillère nationale au Parlement et elle représente la préfecture de L’Ouham, l’une des préfectures qui a payé le plus lourd tribut lors de la gestion de la transition de la Seleka. Ancien ministre et ancien Député de la Nation elle est aujourd’hui parlementaire de la transition.

Pensez-vous que l’arrivée d’une femme au pouvoir va aider à oublier tout ce qui s’est passé en Centrafrique?

Je pense que pour beaucoup de personnes les marques vont rester toute la vie. Je vous donne un exemple, vous avez quelqu’un qui a vu comment la Seleka ou les anti-Balakas ont tué père, mère, sœur et frère et il  a été la seule rescapée, ces images-là, ça reste toute la vie. Vous avez des gens qui ont été amputé, ou des gens qui ont vu  leurs amis ou frères être abattu à côté  d’eux  et qu’eux, ils ont risqué la mort vraiment, c’est traumatisant et ces images restent pour toujours. Je pense qu’à la longue nous allons oublier mains nous ne pardonnerons jamais.

Un message à l’endroit des Camerounais ?

Je suis heureux d’être aujourd’hui au Cameroun (Ndlr 15 janvier) et j’en profite pour lancer un message à mes frères Camerounais que ce qui est arrivé aux Centrafricains  je ne le souhaite pas  aux autres nations parce que nous avons vécu ça dans notre chair et au jour d’aujourd’hui l’avenir de nos enfants est compromis  Et vraiment si vous pouvez vous asseoir autour d‘une table et parler, régler le problème par le dialogue et pas par les armes.

Entretien mené par Mireille Tchiako à Yaoundé

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