Cameroun: Greenpeace accuse Herakles Farms d’exploitation illégale de bois

photo bois UniprovenceDans un rapport publié le 28 mai, l’ONG y révèle comment « l’entreprise américaine Herakles Farms, à travers une société écran, aurait agi de connivence avec le ministre camerounais des forêts et de la faune pour obtenir illégalement un permis d’exploitation forestière dans une partie de la concession foncière qui lui a été accordée en novembre 2013 ». Et l’entreprise, apprend-on, «se prépare à exporter vers la Chine du bois coupé en violation de la législation camerounaise ».

En effet, Herakles Farms sachant qu’elle ne pourrait vendre de bois légalement parce que n’étant pas enregistré au Cameroun en tant qu’entreprise d’exploitation forestière, a dû passer par une société écran dénommée Uniprovince et enregistrée aux îles caïmans, pour commercialiser le bois illégalement exploité par elle renseigne le rapport.

Le bois, objet de la polémique est issu de la vente de coupe illégalement attribuée à l’entreprise par le ministre camerounais en charge des Forêts en  janvier 2014. A cette date, «le ministre Ngole Philip Ngwese, a attribué un titre d’exploitation forestière (vente de coupe n° 11-02-10) portant sur 2.500 hectares à Uniprovince ». La vente de coupe qui se situe à l’intérieur de la concession d’Herakles Farms, dans la zone où l’entreprise a conduit la plupart de ses activités d’exploitation forestière illégale, avant la signature du décret présidentiel lui octroyant une concession foncière provisoire en novembre 2013, « a été attribuée en violation flagrante de la législation forestière camerounaise » soutient Irène Wabiwa, Responsable de la campagne forêt de Greenpeace Afrique. En effet, la législation forestière camerounaise précise que les ventes de coupe ne peuvent être octroyées que dans le cadre d’appel d’offre. Or dans le cas d’Uniprovince, le ministère a passé un marché de gré-à-gré avec l’entreprise écran.

Un acte ministériel taxé de « suspect » par Greenpeace car « la vente de coupe n° 11-02-10 ne figure pas dans la liste des titres d’exploitation forestière en cours de validité publiée par le Ministère des Forêts le 10 mars dernier. Or, elle date du 28 janvier 2014, et le certificat de vente correspondant a été délivré le 6 février – soit plus d’un mois avant la publication par le ministère de la liste des titres en cours de validité pour l’année 2014 ».

L’ONG voit en cette décision du ministre, « une tentative délibérée de dissimulation d’une décision illégale prise en faveur d’une entreprise derrière laquelle se dissimule Herakles Farms ».

En raison des illégalités qui entourent l’action d’Herakles Farms, Greenpeace a lancé une pétition pour que la totalité du stock de bois soit immédiatement saisie par les autorités camerounaises et que la vente de coupe illégalement attribuée soit annulée. L’ONG dit avoir également « saisir le Procureur de la République et lui avoir fourni toutes les preuves de l’illégalité de cette situation et des incidences financières pour l’Etat du Cameroun ».

Les responsables de l’entreprise américaine n’ont pas souhaité se prononcer sur les accusations de Greenpeace. Toutefois, l’on se souvient qu’en 2012, Herakles farms avait affirmé par la voix de son ex PDG, Bruce Wrobel, qu’elle n’avait pas l’intention de tirer profit de la vente du bois prélevé sur sa concession.

De la crédibilité des APV 

Herakles Farms avait déjà été accusé d’exploitation forestière illégale en juin 2012 par l’observateur indépendant au contrôle forestier et au suivi des infractions forestières au Cameroun, organisme financé par l’Union européenne.

En signant les Accords de Partenariat Volontaire (APV) avec l’Union européenne le 6 octobre 2010, le Cameroun s’était « engagé à garantir la légalité de sa production de bois, quel que soit le marché de destination » (art 9(3)). L’attribution à Uniprovince d’une vente de coupe en violation de la loi « met en doute la crédibilité des APV ainsi que la volonté du Cameroun à respecter tous ses engagements dans le cadre de cet accord » craint Greenpeace.  Aujourd’hui, l’UE reste évasive quant à la situation d’illégalité qui entoure le permis d’Uniprovince. La délégation européenne au Cameroun déclare avoir instauré un groupe de travail, le comité national de suivi de mise en œuvre des APV, pour clarifier le statut légal du bois exploité par Herakles Farms.

Pour Greenpeace, ce problème doit être traité pour que l’APV, entré en vigueur au Cameroun le 16 décembre 2011, devienne un instrument efficace de la gouvernance forestière.

By Mireille Tchiako

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