Ndogpassi : De l’eau dans le gaz de Rodéo

gaz de logbaba 3

Site d’exploitation de Gaz du Cameroun

Alors que le Cameroun est lancé dans un vaste chantier de développement des projets structurants, nombreux sont les projets (Barrage de Memve’élé, Port en eau profonde de kribi, Barrage de Lom Pangar etc.) qui font face aux problèmes d’indemnisation Populations, Etat et Compagnies communiquent dans un langage de sourd. Illustration avec le projet d’exploitation du gaz dit de Logbaba dans la ville de Douala qui a débuté au milieu d’un quartier populaire, dont les habitants attendaient encore d’être indemnisés.

Le fait est inédit. En 2009, Rodeo Development Limited (RDL), filiale de la compagnie anglaise « Victoria Oil and Gas », entame l’exécution des forages exploratoires sur une surface de 16 Ha. Le projet, qui est situé en plein cœur du quartier Ndogpassi, côtoie 130 000 habitants dont 59 500 résident dans les environs immédiats des sites de forage. Le 29 avril 2011, un décret présidentiel autorise le début de l’exploitation commerciale du gaz sur une surface de 20 Km2, pour une période de 25 ans. Un an plus tard, RDL exploite déjà deux puits sur les cinq présents dans la concession. L’entreprise a également enfouit 13 km de pipeline dans le sol, et 17 sociétés ont déjà signé avec elle les contrats pour l’utilisation du gaz. L’affaire est potentiellement lucrative, en raison du déficit chronique d’énergie observé dans le pays, et de la forte demande des entreprises de la ville de Douala. Pendant ce temps, les populations qui cohabitaient avec le projet ne savaient à quel saint se vouer, car elles auraient dû être parties avant le démarrage du projet.

Pour mieux poser leurs problèmes et revendiquer leurs droits, elles se sont constituées en « Collectif des natifs et Habitants de Logmayagui Menacés de Déguerpissement par le Projet Rodeo ». Ledit Collectif présidé à l’époque par le Pasteur Mathieu Djembissi Simo se plaint entre autres «des bruits assourdissants, la torchère allumée 24h/24 qui côtoie directement les habitations, la baisse de la production agricole, la chaleur intense, la disparition de l’eau potable, la dégradation des routes, la fermeture de la seule école du quartier». Pire, les riverains du projet gazier de Logbaba vont apprendre que leurs revendications sont « illégales » parce que, témoigne le Président du Collectif, « nous devrions avoir quitté le site depuis 1998. Date à laquelle, les zones affectées par les activités de Rodeo ont été déclarées  inconstructibles rendant illégales toutes les constructions ultérieures dans la zone »avons-nous appris à la Sous-préfecture. Pourtant, certains titres fonciers ont été obtenus après 1998 tout comme l’autorisation d’ouverture d’écoles (maternelle, primaire, secondaire) obtenue en 2005 et 2007. A l’entreprise RDL, une source explique que, « le site du projet a été déclaré dangereux  et interdit de construction. Les populations n’ont donc pas le droit d’y vivre. Mais pour des raisons de bon voisinage, RODEO a pris sur elle d’offrir à ces riverains des boules Qiès afin qu’ils se protègent des bruits émis lors de certaines de nos activités. Par ailleurs, nous avons logé certains d’entre eux dans des hôtels pour éviter des désagréments ».

Dans la poursuite de leur combat pour obtenir leur indemnisation, les populations ont adressé de nombreuses lettres aussi bien à l’entreprise RODEO qu’aux autorités locales en passant par la Primature et la Présidence de la République. Entre temps, elles ont continué à exprimer leur ras-le-bol à travers des manifestations populaires, en brandissant l’article 4(2) de la loi de 1980 qui précise que l’indemnisation doit être préalable à l’expropriation. Car, soutient Mme Simo, « à chaque rentrée scolaire, nous nous demandions s’il fallait inscrire nos enfants à l’école ou pas parce que depuis 2009, on nous demandait de partir mais nous n’avions jamais été notifiés. C’était très difficile de vivre dans l’incertitude du lendemain». Il faudra finalement attendre quatre ans après le démarrage du projet, précisément le 20 mars 2012, pour que soit signé le décret d’expropriation des populations riveraines du projet de gaz de Logbaba. Alors que le Collectif des déguerpis se plaint de « n’avoir pas été notifié ni consulté encore moins éclairé sur les bases de calcul des habitations à indemniser », l’entreprise RODEO, elle, dit  avoir « reçu copie dudit décret en juillet 2012 soit cinq mois après sa sortie officielle ».

C’est au total la somme de 1 311 797 045 F CFA qui a été débloquée pour les indemnisations des riverains du projet gazier. Montant correspondant à 19 terrains titrés, 38 terrains avec contrat de vente simple, 02 terrains avec acte de vente notarié, 56 constructions et 161 cultures. C’est finalement en mars 2013, soit un an après publication du décret d’expropriation, que le Préfet du Wouri va signifier aux populations leur départ de la zone du projet pour au plus tard le 31 juillet de la même année. Quelques jours après cette information, les populations ont vu inscrire sur leurs murs et portails la mention « à déguerpir au plus tard le 30 juin » signée de RODEO.

Avant ces différents délais, une bonne partie de la population s’est retrouvée dans les locaux de la Préfecture pour décharger chacun, le chèque correspondant au montant de son indemnisation. Au cours de cette réunion tenue en présence du Préfet du Wouri, RODEO a fait signer aux riverains impactés par ses activités, une lettre d’engagement de départ du site de Ndogpassi. Laquelle désengageait la responsabilité de l’entreprise de tout incident qui surviendrait avant le départ des populations du site. La signature de cette la lettre d’engagement était une condition à remplir pour recevoir les compensations. Une mesure d’intimidation qui a réussi à diviser le Collectif. A ce jour, il n’y a presque plus l’ombre d’une vie sur le site du projet. Plusieurs maisons ont été détruites mais trois de haut standing ont été conservées et serviront de lieu d’habitation pour les cadres de la société dont l’appellation aujourd’hui est Gaz du Cameroun.

By Mireille Tchiako

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2 réflexions sur “Ndogpassi : De l’eau dans le gaz de Rodéo

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