« Les femmes sont désormais dans la course au titre foncier »

Chef de Village Logmaba, Canton Bikok dans l’arrondissement de Pouma (Littoral)  depuis 2013, Sa Majesté Christine Andela évoque les

S.M. Christine Andela

S.M. Christine Andela

questions foncières prépondérantes dans la tradition.

Comment une femme Chef de village se sent en tant que gardienne de la tradition, de la richesse ancestrale et donc du foncier rural ?

Bien à l’aise d’abord parce que s’agissant de nos traditions c’est en fait la femme qui en est la gardienne dans notre culture, c’est ce qui explique même qu’il lui en soit tant demandé ; la société a toujours besoin de vérifier que la femme est bien cette gardienne, sinon, elle perd ses repères ; malheureusement cette exigence tourne souvent en pression et donc en violence dans une certaine mesure.

Pour ce qui est de la terre, ou du foncier comme vous dites, le travail de la femme est, dans les zones de culture vivrières surtout, le capital presqu’unique qui est investi pour sécuriser le foncier. Le patrimoine suit les traces du travail de la terre des femmes et aujourd’hui dans les villages, les familles qui ont le plus de problèmes pour l’accès au foncier sont celles dont les femmes n’ont pas mis la terre en valeur par leur travail. Les cultures pérennes viennent en second lieu, puisque pour assurer la sécurité alimentaire des familles, il faut d’abord et jusque de nos jours, que les femmes cultivent le maïs, le sorgho, le manioc, les ignames,….

Dans votre région, une femme a-t-elle le droit d’hériter de la terre au même titre que ses frères ?

Au niveau des textes législatifs, dans toutes nos régions, les femmes ont le droit d’hériter comme leurs frères ; ça c’est le droit au Cameroun. Ce sont les us et coutumes qui créent les distorsions et privent les femmes d’hériter de la terre. C’est cela qu’il faut comprendre. Et c’est pour cela qu’il est très important de travailler au niveau des leaders qui ont le pouvoir traditionnel pour les sensibiliser sur le droit à la terre que la loi camerounaise accorde aux camerounais des deux sexes .

Cela dit la tradition est très regardante sur les questions de lignages, et souvent la situation se complique pour les femmes , surtout pour leurs enfants quand elles ont contracté plusieurs mariages , eu des enfants dans ces différents mariages et que , pour une raison ou une autre, elles reviennent dans leur famille d’origine pour réclamer leur part de foncier ;la famille d’origine ne voit plus leur fille à travers cette démarche, mais les enfants venus d’ailleurs à qui il est demandé de rentrer chez eux et de réclamer dans leur famille paternelle ce qu’ils veulent avoir du côté de la famille maternelle . Cela donne souvent l’impression que l’accès au foncier est refusé à leur maman, mais ce n’est pas le cas au fond.

Les femmes produisent 80% des besoins alimentaires du Cameroun selon le Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural, mais elles possèdent seulement 2% des terres. Qu’est- ce qui explique cela selon vous ?

Au risque de surprendre, quand il s’agit de terre pour les besoins alimentaires, dans la tradition, personne ne possède la terre, elle est un bien communautaire. C’est la superposition des deux régimes, moderne et coutumier, qui rend illisible la question de la « possession »  de la terre ; maintenant effectivement, la tendance est à la sécurisation du foncier via les titres fonciers ; Ce qu’on observe alors c’est que les gens riches accaparent le plus de terre, au détriment des plus petits, hommes ou femmes , et que même si elles restent marginales par manque de moyens, les femmes elles aussi sont désormais dans la course au titre foncier, en ville comme dans les villages .

Que prévoyez-vous faire en tant que Chef Traditionnel pour sécuriser les terres de votre village ainsi que les droits d’accès à la terre aux femmes ? 

J’ai un plan global pour la sécurisation du foncier pour l’ensemble de ma communauté ; en effet les terres de la communauté ne doivent pas être vendues aux gens riches qui vont nous priver de notre premier facteur pour la production agricole. J’ai commencé des réunions de sensibilisation avec tout le monde en incitant à la sécurisation du foncier au moyen de titres fonciers. La première étape, c’est d’abord le titre foncier communautaire, ensuite on va s’attaquer au morcellement.

Mais j’ai une composante pour les femmes : il y a d’abord l’écoute de toutes celles qui se présentent et qui portent plainte : j’ai déjà eu à arbitrer 4 affaires en moins de 12 mois ;la valeur ajoutée ici du fait que le Chef est une femme est justement cette écoute qui met les femmes en confiance : elles ne partent pas vaincues d’avance au contraire ; si j’excepte le cas d’une dame que je suis obligée de suivre de manière plus particulière parce qu’elle a d’autres problèmes qui n’ont rien à voir avec le foncier, les autres cas ont été à l’avantage des femmes qui ont récupéré leurs terres et les cultiver sans plus de soucis .

Peut-on concilier le droit coutumier et le droit moderne pour mieux gérer la terre en zone rurale ? Si oui comment ?

C’est exactement ce à quoi le chef traditionnel doit s’atteler aujourd’hui ; il doit lui-même bien connaître les lois qui touchent au foncier et à l’héritage, se convaincre que la femme a sa place à part entière dans l’accès au patrimoine national et familial.

Entretien avec Mireille Tchiako

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