Secteur forestier : Les pratiques des entreprises chinoises tancées en Afrique

Entre non-respect de la législation en vigueur au niveau pays, obligations sociales furtivement appliquées, coupe illégale, absence de plan de gestion environnementale, faible rémunération et non immatriculation des travailleurs, les plaintes à l’endroit des compagnies chinoises sont quasi les mêmes dans les pays d’Afrique où elles exercent leurs activités.

L’investissement chinois dans le secteur forestier en Afrique se concentre dans des pays comme la République du Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, le Liberia, le Cameroun, le Mozambique et la RDC. Entre 2011 et 2013, les quatre premiers exportateurs de bois d’œuvre à destination de la Chine, étaient : le Congo Brazzaville, le Cameroun, la Guinée équatoriale et le Mozambique. La RDC se plaçait parmi les dix premiers pays. Le point commun entre ces pays est la nette préférence du marché chinois pour les grumes.

Au Cameroun, un peu plus de 10 % de la zone des permis forestiers (région de l’Est du pays) est contrôlé par la Chine. En 2014, on a dénoté dans le secteur du bois d’œuvre, 19 permis dont 6 concessions et 13 « ventes de coupe » couvrant environ 650.000 ha. Et parmi les produits forestiers exportés vers la Chine entre 2009 et 2014, les grumes représentent environ 85 % de ces exportations en moyenne par an. Les principales espèces exportées sont : Ayous/Obeché, Awoura, Dabema, Ekop Ekusek, Azobé, Kossipo, Okan/Adoum, Tali, Bilinga et Naga. Jusqu’à présent, les avantages économiques des investissements liés à la Chine dans le secteur forestier semblent limités malgré une participation accrue dans le secteur depuis 2009. On parle de 12.000 emplois crées dont plus de la moitié dans les zones forestières. Toutefois, le niveau d’immatriculation des travailleurs en assurance sociale reste faible, la sous-rémunération est de mise, le transfert des compétences est quasi absent, les programmes de responsabilité sociale des entreprises sont rares tout comme la mise en œuvre du plan de gestion environnementale qui est invisible.

Le Mozambique est le plus gros exportateur de bois d’œuvre d’Afrique et la Chine en est la destination principale. Si l’exportation de grumes non traitées est interdite pour les espèces de « première classe», dont cinq représentent à elles seules 90 % du marché commercial, l’on observe qu’en 2012 la Chine a enregistré 323 000 mètres cubes d’importations de grumes mozambicaines alors que les exportations internationales totales enregistrées de grumes du Mozambique ne s’élevaient pour la même période qu’à 41 543 m3. L’illégalité est donc monnaie courante. Seuls 20 % des concessionnaires du Mozambique sont des opérateurs chinois, les négociants en bois d’œuvre chinois accaparent 90 % du commerce d’exportation. Le manque de planification de la gestion, la surcoupe, la coupe précoce, la non-observation des exigences légales de traitement au niveau national, la falsification des volumes de bois d’œuvre et la contrebande sont largement répandus dans l’ensemble du secteur. Bien plus, l’application insuffisante de la loi et des niveaux élevés de corruption, contribuent tous à un manque généralisé de surveillance de l’extraction du bois d’œuvre.

En RDC, c’est dans l’exploitation forestière artisanale qu’opère la très grande majorité d’investisseurs chinois car aucun n’est détenteur de concession industrielle. Entre 2009 et 2012, l’Etat a accordé 57 permis artisanaux à 17 sociétés ayant un lien avec des capitaux chinois dans les provinces de l’Equateur (14 permis artisanaux à 3 sociétés) de Bandundu (43 permis artisanaux à 14 sociétés). L’exploitation de cette ressource a permis à l’Etat d’exporter 43 % de la production vers la Chine. En 2012, ce sont 67,166 m3 de grume et 1,329 m3 de sciage qui ont précisément été exportés vers la Chine. Cette dernière est d’ailleurs la première importatrice (sur 38) de bois et produits forestiers de la RDC. Toutefois, l’impact économique de cette activité est presqu’inexistant sur les populations locales parce que les exploitants artisanaux n’ont aucun compte à leur rendre. Du coup, l’essentiel pour ces exploitants est de disposer d’une autorisation officielle comme couverture et d’opérer en dehors des sites sollicités où l’Administration forestière serait incapable de pouvoir diligenter des missions de contrôle.

Enjeux

En 2013, dans le cadre des importations de bois d’œuvre d’Afrique, les grumes avaient une valeur de 1,2 milliard de dollars US. Le marché chinois est essentiel au secteur forestier de l’Afrique, car il est la plus importante destination des exportations pour bon nombre de pays riches en forêts. Les importations de bois d’œuvre chinois provenant d’Afrique augmentent, même si elles demeurent un faible pourcentage de la totalité des importations de bois d’œuvre de la Chine. En effet, le bois d’œuvre africain représente seulement 14,5 % des importations de feuillus tropicaux de la Chine et seulement 6,5 % de la totalité de ses importations de bois d’œuvre. D’autres producteurs, comme la Russie et les USA, représentent une bien plus grande part des importations de bois d’œuvre de la Chine. De ce fait, si l’on considère le volume global des importations, la Chine compte bien davantage pour le secteur des produits forestiers africain que le bois d’œuvre africain pour la Chine. Cependant, de nombreuses espèces de bois d’œuvre africain sont des espèces de grande valeur pour la fabrication de meubles anciens Hongmu en Chine.

L’espoir d’une amélioration de la situation dans laquelle les entreprises chinoises exercent leurs activités en Afrique fait dire à Li Keqiang, Premier Ministre chinois que la « La Chine renforcera en permanence la coopération (avec l’Afrique) pour la conservation de la biodiversité et la lutte contre la désertification, de sorte que les objectifs d’une « belle Chine » et d’une « Afrique verte » peuvent être réalisés. »

Mireille Tchiako

Source : IIED, Académie chinoise des forêts, Terra Firma, CED, WWF

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