Afrique : La gestion forestière sous l’emprise persistante de la corruption

De l’attribution des concessions à l’importation du bois en passant par l’exploitation, le suivi des infractions, des obligations et engagements légaux, toute la chaîne subit les affres du phénomène.

L’éléphant d’Afrique est danger. Le volume de bois exploité illégalement chaque année en Côte d’ivoire est estimé à20151211_144609 400 000 m3. La forêt se meurt donc à petit feu. Le couvert forestier estimé aujourd’hui à 2 millions d’hectares de forêts était de 16 millions  à l’indépendance. Cette figure déplorable que dépeint Youssouf Doumbia, activiste de la société civile ivoirienne et membre de l’Observatoire Ivoirien de la Gestion Durable des Ressources Naturelles (OI-REN) a de grave conséquence sur l’économie de la Côte d’Ivoire. Le pays poursuit – il, a enregistré « les pertes évaluées à 286 milliards de FCFA dues aux fraudes durant les cinq années de crise militaro-politique ».  La situation n’est pas très différente au Cameroun. Selon Victor Amougou, coordonnateur du CEFAID, une organisation basée à Yokadouma, « près de 13 à 15 milliards de FCFA sont perdus chaque année du fait de l’exploitation forestière illégale alors que la forêt contribue à 4% du PIB ». Les activités illégales mises en cause par les acteurs de la société civile pour expliquer l’existence de la corruption dans le secteur forestier ne sont pas le seul facteur de l’avis d’autres experts.

En RDC par exemple, en plus du fait que les autorités publiques ne se sentent pas redevables aux citoyens, l’inefficacité du contrôle gouvernemental sont les principales causes de la corruption dans le secteur forestier renseigne Jean-Marie Nkanda du Réseau des Ressources Naturelles (RRN). Il argue en ces termes : « Quels résultats pouvons-nous attendre du travail de deux inspecteurs assermentés dans une province qui comptent 16 titres d’exploitation ? Ils ne peuvent pas tout contrôler et c’est ainsi que la corruption gagne le terrain » explique-t-il. La faiblesse des sanctions légales est aussi propice au phénomène. Il est par exemple interdit d’exploiter l’essence Afromozia en RDC sous peine de payer la somme 500 dollars au trésor public. Pourtant, « les exploitants véreux continuent de couper cette espèce de qualité en voie de disparition qui est vendu sur le marché à 16 000 dollars la bille de bois. Quand vous faites le ratio, vous vous rendez compte que la sanction est faible par rapport aux avantages que vous procurent l’illégalité » reconnait avec amertume Jean-Marie. Il semble donc urgent de mener davantage d’autres actions pour mette fin à ce fléau qui dévaste la forêt.

L’une des propositions formulée dans ce sens par la société civile de la République du Congo où le secteur forestier est le 4è plus corrompu du pays, est « d’intégrer le bois dans le processus de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE) et de rendre effectif l’Accord de Partenariat Volontaire (APV) »

soutient Maixent Agnimbat de la Plateforme pour la Gestion Durable des Forêts (PGDF). Si au Cameroun l’indice de perception de l’intensité de la corruption dans le secteur forestier s’est amélioré de 1.31%, Victor Amougou pense que la société civile y a largement contribué. Le coordonnateur du CEFAID fait savoir que les initiatives prises pour améliorer la transparence dans le secteur forestier, la mise sur pied des observateurs indépendants locaux des forêts, les dénonciations via les prises de positions et remis au Ministère en charge des Forêts sont quelques actions qui ont contribué à faire reculer la corruption dans le secteur forestier au Cameroun. Ce type de mobilisation a permis à la société civile Congolaise de faire annuler certains textes légaux renchérit Jean-Marie Nkanda de RRN : « Nous avons fait annuler l’arrêté 011 qui autorisait n’importe qui à se lancer dans les transactions forestières (achat, vente, exploitation) moyennant l’achat d’une autorisation à hauteur de 10000 Dollars pour les étrangers et 3 000 Dollars pour les nationaux ». Cette victoire obtenue en septembre 2015 vient ainsi mettre fin à un nid de corruption où sans être exploitant forestier qualifié ou agrée, tout individu pouvait acheter, vendre ou exploiter le bois congolais se satisfait M. Nkanda.

Même si en République du Congo la corruption fausse les statistiques dans l’indice économique, l’on est plutôt positif en Côte d’Ivoire pour le futur de la gouvernance forestière. En effet, les pouvoirs publics se sont engagés à lutter contre l’illégal renseigne Youssouf Doumbia. Il précise que « les Etats Généraux de la forêt organisés par le gouvernement ont impliqués toutes les parties prenantes et nous ont permis de faire un véritable diagnostic des problèmes qui minent la forêt et nous y avons participé comme Observateur Indépendant ». Aujourd’hui, « mon pays en est négociation avec l’Union européenne pour l’APV et nous avons travaillons déjà sur les textes d’applications du nouveau code forestier » confie t-il visiblement optimiste pour la fin de la mal gouvernance dans le secteur forestier.

Mireille Tchiako

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